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affiches 2010
En mars 2008 et juin-juillet 2009, des ateliers de création artistique ont été mis en place dans le cadre de « Viva Utopia ! » à Rennes en partenariat avec le SAS/CRIJ Bretagne, le Foyer de Jeunes Travailleurs La Motte Baril, le Groupe d'Entraide Mutuelle l'Antre2 et le Service d'Adaptation Spécialisée, en partenariat avec l'association l'Autre Regard. La mise en place de 8 séances a permis à une trentaine de jeunes de travailler, en écriture, mais aussi en musique et infographie, sur les thèmes de l'isolement et du vivre ensemble. Les réalisations issues de ces ateliers ont été diffusées sur le Festival Quartier d'été à Rennes (projection vidéo en 2008 et agora en 2009), lors de la semaine d'information sur la santé mentale en mars 2009, et sur France Culture (cf. page sons) et lors d'agoras artistiques sur tout le territoire.
La faim justifie les moyens

Un homme sans principe n'est pas un homme dit-on.
Car il n'a pas de parole qui le conduise à l'action
C'est un homme sans valeur avec un petit « h »
Qui reflète son déshonneur
Quand tu vois que d'autres ont de l'argent mais tu n'as rien
Alors, la fin justifie-t-elle les moyens ?
Pour compenser les inégalités, on trempe dans l'illégalité
Mais certains trouvent encore le courage d'aller travailler
Garde ton intégrité pour ne pas te faire écraser
Car c'est la seule arme qui te sert de bouclier
Tu peux prendre la décision de l'infraction et de la sanction
Mais sache que faire place à sa morale ouvre des solutions
L'argent fait cogiter pour finir en maison d'arrêt
Enfermé, écroué, tu pousses jusqu'à t'écrouler
Ton but, toujours plus posséder
Mais la fin que t'envisageais n'est pas celle avérée
Quand tu vois que d'autres ont de l'argent mais tu n'as rien
Alors, la fin justifie-t-elle les moyens ?
Tu voulais toujours plus consommer or tu t'es consumé
Tes rêves partent tous en fumée.
D'autres n'ont pas les moyens de vivre au quotidien
Ils savent que voler n'est pas bien mais
La faim justifie les moyens
Certains volent pour redistribuer à ceux qui n'ont pas
Tandis que d'autres pour acheter ce qu'ils n'ont pas
Et ceux qui n'ont pas à manger volent pour manger ce qu'ils ne mangent pas
Si tous les moyens ne sont pas justifiés
Survivre ne devrait pas être une finalité
Combat contre la peur

J'ai fait quelques erreurs.
Je comprends mes difficultés.
Etre ensemble c'est échanger des idées,
S'approcher à côté des autres
C'est s'éloigner sans avoir peur
S'aimer comme on est
A ce moment et pour tout le temps
Combat contre la peur.
Combat
Julien
Moi ensemble

Vivre ensemble, pourquoi les hommes vivent-ils ensemble ?
Une question que les hommes ne se poseraient pas car l'homme ne peut s'abstraire du groupe
Il est issu du groupe que ses parents forment.
Obsédé par cette notion de groupe vécue enfant, l'homme est préconçu à une vie grégaire toujours à la recherche du groupe originel
Pourtant les ermites tentent de s'extraire, de faire abstraction du groupe.
Réfléchissent-ils aux raisons pour lesquelles les autres vivent ensemble ?
Se retirer du groupe serait-il la seule façon de trouver les raisons du rassemblement humain ?
Il n'y aurait que par le sentiment de manque que le pourquoi des relations sociales se dessinerait. Seul face à soi nous cherchons le moi ensemble. Seul, nous-mêmes n'appartient alors qu'à nous. Car en vivant seul le moi partage notre vie l'absence du groupe originel se ressent alors. Une fois seul nous sommes confrontés à la peur du manque d'une part de nous-mêmes. Vivre-ensemble serait ainsi un refuge à nous-mêmes dans son intégrité, le moi-ensemble. Ha ! L'attention des autres, l'amour, l'amitié, ces multiples sentiments impossibles quand nous sommes seuls.
Ensemble je perçois de façon démultipliée :
- seuls les êtres humains m'agacent, m'exaspèrent, me font pleurer à ce point
- seuls les êtres humains m'émeuvent, me serrent le cœur, m'embrassent à ce point
Les hommes se protègent ensemble. Je partage ce sentiment de sécurité une fois au sein d'un groupe. Vivre ensemble m'apaise et à la fois m'exaspère. Que m'apporte ce groupe porteur d'une société où je ne me reconnais pas. A moi de vivre avec les autres afin d'apporter la part de moi aux autres.
Pourquoi vivre ensemble ? CAR VIVRE C'EST ÊTRE ENSEMBLE.
Marion
Le déclic

Il faudrait que l'enfant sache l'utilité de l'école,
pour qu'il s'y attache plus.
Dès l'âge où il peut réfléchir,
avant de détecter s'il deviendra délinquant ou pas,
déjà qu'on détecte ce qu'il aime faire.
Qu'on lui donne des informations, un suivi qui dure.
Le manque d'école peut mener à ne pas trouver son avenir, à finir pauvre.
La pauvreté force à ne pas avoir le choix.
Elle élimine le plaisir.
Si le jeune pauvre a de l'argent, il choisit de manger,
plutôt que des journaux pour s'informer.
Pourtant savoir ce qui se passe dans son pays ou dans le monde, c'est la base.
Ne pas être ignorant.
Ne pas faire tout le temps les mêmes choses.
Ne pas voir qu'un seul paysage.
Ne pas faire semblant d'être quelqu'un d'autre.
Etre unique
Ne pas être identique
S'impliquer dans la vie des autres
Ecouter les autres
Parler pour les autres
Agir avec les autres
Etre unique
Ne pas être identique
Parler pour les autres je n'y arriverais pas
Je n'aime pas parler en public
Ce qui pourrait me faire agir, c'est la motivation des autres
Ce qui motiverait les autres ce serait ce que je leur dirai
Il faut que je parle pour être à l'origine du déclic,
Le déclic, le déclic…
L'ostrakon

Etre ensemble, c'est vital.
L'être humain est conçu pour vivre en groupe. Seul, il dépérit. Ce sont ses congénères qui le font mûrir et se développer. Dès le plus jeune âge, l'humain est inclus dans un réseau d'interdépendances qui sont essentielles à sa survie.
C'est le sein de sa mère qui le nourrit. Sa mère est elle-même dépendante de son employeur ou de son mari et ainsi de suite.
Plus il grandit, plus l'enfant s'ouvre sur les autres. Il part à la découverte du monde et de ses semblables.
A l'adolescence, il les recherche pour satisfaire ses besoins sexuels et affectifs. Sans cela, comment peut-il devenir un adulte heureux?
Privé des stimuli, marques de reconnaissance et d'affection quotidiennes, l'être humain se flétrit comme une fleur privée de lumière.
Rencontrer l'autre a un prix.
Pourquoi suis-je seul?
Suis-je si différent?
Pourquoi s'amusent-ils sans moi?
Est-ce que je les fais fuir?
M'accepteront-ils un jour?
Aujourd'hui l'heure est aux mécanismes d'exclusion, d'ostracisme et d'isolement.
Le credo des groupes sociaux semble être « Je suis car tu n'es pas des nôtres ». Tout se passe comme si le groupe n'existe que parce qu'il a ses boucs émissaires et ses exclus. Malheur à celui qui ne sera pas inclus ! Il connaîtra les solitudes assassines de l'ostrakon.
Aujourd'hui la différence, la faiblesse ou le handicap sont autant de motifs d'exclusion. Autant de tares qui vont à contre-courant du modèle dominant de l'être idéal auquel nous devrions nous conformer. Autant de transgressions qui mènent d'une manière ou d'une autre à l'exclusion.
Rencontrer l'autre a un prix.
Sans les sourires, les regards et les paroles de mes potes, je m'affaiblis.
Sans les baisers, les caresses, les gestes d'affection et d'amour de ma copine ou de mon copain, je me dessèche.
Quand mon espace vital n'est plus investi par mes amis, la solitude me consume.
Sans eux, je crève !
Comment ne pas tomber malade privé de ce flux d'amour que procurent les semblables?
Combien de nos concitoyens tombent malades faute de chaleur humaine, victimes du rejet et de l'isolement?
Celui qui se retrouve coupé des autres devient indifférent et insensible aux humains qui l'entourent. Son coeur se dessèche. Sa vie se sclérose. Le monde se limite à sa petite bulle. Il se recroqueville sur lui-même, devient égoïste et paranoïaque. Il jalouse la réussite et les plaisirs d'autrui ; se lamente sur son sort et ses échecs. Il se conforte dans un cercle vicieux qui négativise l'univers tout entier. Celui qui est coupé des autres se charge d'énergie négative. Il devient malade et haineux.
Rencontrer l'autre a un prix.
Mais qu'est-ce qu'être ensemble?
Des collègues qui travaillent quotidiennement ensemble mais qui le font dans un esprit de compétition et de rivalité permanente SONT-ils ENSEMBLE?NON
Une famille qui se réunit lors de fêtes ultra-ritualisées sans partager la moindre sensibilité personnelle EST-elle ENSEMBLE? NON
Une foule qui danse synchrone lors d'un festival mais chacun bourré ou drogué dans son coin EST-elle ENSEMBLE? NON
Aujourd'hui, trop souvent les relations ne sont qu'à sens unique.
- Au travail, l'employé doit toujours plus donner à un patron qui en veut toujours plus. Travailler plus toujours à sens unique.
- Certaines relations pseudo-amicales sont très déséquilibrées car elles aussi à sens unique. L'un donne tout à l'autre qui prend tout sans rien donner. Toujours à sens unique.
- Même certaines relations sexuelles sont sans échange véritable hormis les fluides biologiques. L'AUTRE est réduit au rang d'objet, de simple sex-toy jetable. Je prends mon pied sans rien donner de ma sensibilité. Toujours à sens unique.
Qu'est ce qu'être ensemble?
- C'est partager VERITABLEMENT son intimité et sa sensibilité profonde. Etre ensemble implique un ECHANGE RECIPROQUE.
- C'est échanger vraiment à parts égales sa sensibilité profonde, ce qui fait la quintessence de moi-même.
Avec les autres, je suis heureux, je prends du plaisir, je fais l'amour.
Avec les autres, j'échange des idées, je me connais mieux, j'avance dans ma vie.
Avec les autres, je suis moi.
Rencontrer l'autre a un prix. Il faut que je m'expose à l'inconnu, au danger que représente l'autre. Je dois prendre le risque d'être déçu ou blessé. C'est le prix à payer pour être ensemble
Ronan
L'envie des moyens

Il faut à la fois avoir l'envie et les moyens pour construire ensemble.
A l'adolescence, on se cherche, on cherche les autres.
Peut-être qu'on a envie de construire, mais qu'on ne se rend pas compte à cause de la non compréhension des autres, des difficultés quotidiennes.
Il faut à la fois avoir l'envie et les moyens pour construire ensemble.
On n'arrive pas à se mettre d'accord.
C'est dur de faire des concessions.
Les jeunes voient grâce à leur innocence les défauts de notre société et veulent y remédier. Ils n'ont pas encore les côtés négatifs, fatalistes, de l'expérience, mais ils en ont assez pour juger ce qui les entoure. Ils sont capables d'en tirer des idées pour une société meilleure.
Si les jeunes voulaient vraiment construire, en auraient-ils les moyens ? En partie oui, alors pourquoi ne le font-ils pas ?
Il faut à la fois avoir l'envie et les moyens pour construire ensemble.
Les jeunes ont-ils envie de construire un projet de société ? Si on donnait le droit de vote aux adolescents que se passerait-il ? Sont-ils idéalistes ? Bien dans leur peau ? Fatalistes ? A une autre échelle, quand l'adolescent décrit un système scolaire parfait, que demande -t -il ? pas forcément les vacances …
Quand on se sent bien, on ne cherche pas plus loin.
Il faut à la fois avoir l'envie et les moyens pour construire ensemble.
On ne leur fait pas confiance.
Peut-être que l'adulte inhibe l'adolescent, de façon directe ou indirecte. Sans l'adulte, est ce que l'adolescent pourrait mieux construire ?
On peut partager des choses et construire des projets à partir d'idées différentes.
Des idées pour encourager les jeunes :
- leur donner envie en leur montrant ce qui pourrait être mieux, ce qu'ils pourraient gagner personnellement et pour les autres
- leur donner le temps de se construire pour construire leurs projets
- leur montrer qu'il faut être ensemble pour faire de beaux projets
- les pousser à réfléchir à ce qu'ils veulent, à ce qu'ils sont, à ce qu'ils veulent être.
Il faut à la fois avoir l'envie et les moyens pour construire ensemble.
Il ne faut pas forcément donner aux jeunes tous les moyens, mais leur donner l'envie de les chercher. Ils doivent apprendre à jouer avec les systèmes de la société actuelle pour en construire une nouvelle.
Dans l'enfance, on apprend la vie en société. Dans l'adolescence, on veut créer la société idéale. A l'âge adulte viennent les désillusions, on construit des projets plus individualistes. A l'époque de la vieillesse, on observe la société dans laquelle on est passé.
Tifaine
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